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Les 20 meilleures séries à mater sur Netflix
Envie de binge-watcher ce qui se fait de mieux sur petit Ă©cran ? AprĂšs vous avoir rĂ©galĂ©s en films en tout genre, votre magazine prĂ©fĂ©rĂ© vous balance la crĂšme de la crĂšme des sĂ©ries sur le mastodonte des sites de streaming : Netflix. Le temps d'un giga-dossier, on vous a sĂ©lectionnĂ© ce qui se fait de mieux sur la plateforme amĂ©ricaine : des crĂ©ations originales, des mini-sĂ©ries, des anthologies et des animĂ©s. Le tout avec une volontĂ© : montrer la diversitĂ© des points de vue et des expĂ©riences. Pour cela, on a demandĂ© Ă notre journaliste Olivier Joyard (critique, documentariste et scĂ©nariste) ses 20 programmes incontournables sur Netflix. Et nâoubliez pas de faire des pauses entre les saisons !
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Les 70 meilleurs films Ă mater sur Netflix
Paul Thomas Anderson, Quentin Tarantino, Alejandro GonzĂĄlez Iñårritu, Christopher Nolan, les frĂšres Safdie⊠Mais aussi, cĂŽtĂ© franchouillard, Abdellatif Kechiche, Mia Hansen-LĂžve, Arnaud Desplechin⊠Depuis quelques annĂ©es, on ne compte plus les grands noms du cinĂ©ma dâauteur qui viennent peu Ă peu agrĂ©menter le catalogue du mastodonte du streaming : Netflix. Alors, pour sây retrouver dans une offre assez inĂ©gale, entre pur chef-dâĆuvre scorsesien et comĂ©die douteuse, votre magazine prĂ©fĂ©rĂ© a dĂ©cidĂ© de sĂ©lectionner, avec beaucoup de subjectivitĂ© (forcĂ©ment), la crĂšme de la crĂšme des films sur Netflix.
Vous y trouverez tant des crĂ©ations originales (Roma, Marriage Story, The Irishman...) que les nouvelles acquisitions du mastodonte amĂ©ricain. Dâautant plus que le dossier est amenĂ© Ă Ă©voluer : en quelques mois, Netflix a acquis les droits de diffusion du mythique Studio Ghibli (21 films au total) avant de signer un partenariat avec MK2, lui permettant de diffuser 12 films de Truffaut (qui fait Ă lui seul lâobjet dâun dossier), mais aussi le maĂźtre du rĂȘve au cinĂ©ma, David Lynch (mais pas ses meilleurs).
Au final, pas évident de choisir parmi plus de 4000 programmes... Surtout qu'il a fallu varier les genres et les gens (ba oui, on n'allait pas mettre tous les films de Scorsese en haut de la liste). Bref, sans plus attendre, voici les 70 films à mater en priorité sur Netflix selon nous. On parie que vous ne les avez pas tous vus !

Les 50 meilleures séries de tous les temps
RĂ©sumer lâamour des sĂ©ries en 50 titres emblĂ©matiques ? Lâexercice est Ă la fois excitant et complexe. Le genre a explosĂ© depuis une vingtaine dâannĂ©es mais traverse la culture pop depuis 75 ans. En Ă©tablissant ce classement, une Ă©vidence nous a sautĂ© aux yeux : les sĂ©ries couvrent depuis toujours une diversitĂ© de points de vue et dâexpĂ©riences fascinante. Dâabord conçues exclusivement pour le grand public, elles se sont enrichies ces derniĂšres dĂ©cennies dâapproches parfois radicales venues de toute la planĂšte et de chefs-dâĆuvre aussi importants que les grands totems de la littĂ©rature ou du cinĂ©ma. Si elles prennent le pouls du monde avec une pertinence imparable, certaines sont encore mĂ©connues. Nous espĂ©rons avec ce dossier susciter dĂ©couvertes et curiositĂ©.

Joaquin Phoenix, joker sans fard
On craignait une star caractĂ©rielle, quittant lâinterview Ă la moindre question bĂȘte. Pourtant, câest un Joaquin Phoenix cool et sincĂšre qui a Ă©voquĂ© son rĂŽle marquant dans la peau de lâĂ©ternel rival de Batman. Film de lâautomne, le fascinant Joker raconte les blessures originelles et la mĂ©tamorphose en psychopathe de ce personnage brutal, qui va comme un gant Ă cet habituĂ© des hĂ©ros dĂ©glinguĂ©s.
Un personnage comme le Joker, faut-il lâaimer pour le jouer ?
HonnĂȘtement, cela a Ă©tĂ© un dĂ©fi. Parfois, en lisant le scĂ©nario, je ressentais de la sympathie pour lui, Ă dâautres moments, jâĂ©tais Ă©cĆurĂ© par son comportement. Aucun putain de sens. Il Ă©tait pathĂ©tique, chouineur. Ce que jâai identifiĂ©, ce sont les traces de stress post-traumatique en lui. AttaquĂ© par des gamins au dĂ©but du film, il se met en mode statue, incapable de rĂ©pondre. Ce mec a subi des abus physiques durant son enfance. Câest difficile de ne pas avoir de lâempathie pour un homme qui a vĂ©cu ça. Ces choses-lĂ vous changent le cerveau, concrĂštement. Cela a vraiment transformĂ© mon point de vue. Au dĂ©part, jâavais envie de lâenvoyer se faire foutre.
Vous ĂȘtes-vous renseignĂ© sur les troubles mentaux en prĂ©parant le rĂŽle ?
Jâai regardĂ© des vidĂ©os et jâai lu deux livres spĂ©cifiques. Je ne vais pas vous dire lesquels, pour ne pas mettre en avant les criminels dont ils parlent. LâhypothĂšse qui en ressort, câest que les assassins Ă motivation politique et les tueurs de masse possĂšdent des personnalitĂ©s proches. On apprend

Time Out rencontre Xavier Dolan
Cette annĂ©e, Xavier Dolan fĂȘte ses trente ans de prĂ©sence sur Terre et dĂ©jĂ ses dix ans de cinĂ©ma. Une boucle commencĂ©e en 2009 avec la solitude de Jâai tuĂ© ma mĂšre et qui sâachĂšve dans le tremblement collectif de Matthias et Maxime, son nouveau film, plongĂ©e Ă©mouvante dans la vie dâun groupe de potes doublĂ©e dâune comĂ©die romantique nouveau genre. Une Ćuvre de transition, comme dit Dolan, et qui lui va bien au teint. Ce quâon lui a immĂ©diatement fait remarquer quand il sâest assis face Ă nous.
Vous avez lâair heureux.
Je le suis !
Matthias et Maxime est un film Ă©nergique, libre, loin dâHollywood. DĂ©livré ?
Jâai longtemps cherchĂ© lâapprobation, la validation des autres, mais jâai compris que je ne pouvais plus espĂ©rer ĂȘtre aimĂ© par tout le monde. Faire ce film, ainsi que les deux autres avant â Juste la fin du monde, Ma Vie avec John F. Donovan â, mâa affranchi de ce besoin dâacceptation. Jâai trouvĂ© auprĂšs de mes amis la seule validation dont jâai besoin aujourdâhui. Ce long-mĂ©trage est dâailleurs parti du dĂ©sir de raconter ma transformation au contact de nouvelles amitiĂ©s. Ma rencontre il y a quelques annĂ©es avec celles et ceux qui jouent dans Matthias et Maxime a Ă©tĂ© salvatrice.
                « Dans ma vie, jâai passĂ© beaucoup de temps seul »
Avant, vous nâaviez pas dâamis ?
Jâavais de trĂšs bons amis, mais je ne connaissais pas le sentiment de communautĂ©. Je ne lâai connu quâaprĂšs mes 25 ans. A lâadolescence, on se forge des amitiĂ©s. Ensuite, comme vous

Joaquin Phoenix: "En algunos momentos Joker me generaba empatĂa y en otros repulsiĂłn"
La pelĂcula mĂĄs esperada del otoño, 'Joker', de Todd Phillips, explica cĂłmo un pobre cĂłmico fracasado se transforma en el psicĂłpata de Gotham que todos conocemos y tememos. Descubrimos a un Joaquin Phoenix agitado y terrorĂfico que ya se ha colocado en todas las quinielas de los Ăscars. Nosotros hablamos.
ÂżTe tiene que gustar un personaje como Joker para interpretarlo?Sinceramente, fue un reto. En algunos momentos, mientras leĂa el guion, me despertaba empatĂa. En otros, repulsiĂłn. No tenĂa ningĂșn sentido. Era patĂ©tico, estridente. AhĂ vi rastros de un desorden de estrĂ©s postraumĂĄtico. Cuando lo atacan los niños, al principio de la pelĂcula, se queda congelado como una estatua, es incapaz de responder. Cuando era pequeño abusaron fĂsicamente de Ă©l. Es difĂcil no sentir algĂșn tipo de compasiĂłn por alguien que ha pasado este trance. Algo asĂ te gira el cerebro, la manera de pensar. Esto hizo que cambiara mi modo de ver al personaje. Al principio, solo querĂa que se fuera a la mierda.
ÂżCĂłmo te preparaste para el papel? ÂżEstudiaste trastornos mentales?Vi algunos vĂdeos y leĂ dos libros en particular. No te dirĂ© cuĂĄles, porque no quiero que los criminales de los que hablan reciban mĂĄs atenciĂłn de la que merecen. La idea general era que los asesinos masivos tienen personalidades similares. Antes de 1963, aparentemente, habĂa dos categorĂas identificadas: los extremistas polĂticos y los locos. DespuĂ©s los medios abrieron el espectro a muchas otras modalidades. Esto me parecĂa intere

Time Out meets Joker's Joaquin Phoenix
The most anticipated film of the fall, Joker examines how a failed stand-up comedian and troubled loner morphs into the Gotham psychopath we all know and dread. The movieâs star, Joaquin Phoenix, unleashes a jittery, terrifying turn thatâs already gathering Oscar buzz. The actor himself has a rep for being an occasionally tense sit-downââMost of the time, I just try to get to the end of interviews,â he tells us, unpromisinglyâbut we caught him on a good day: direct, laid-back and eager to chat about his turn as the DC supervillain.Â
Do you need to like a character in order to play him?Frankly, this was a challenge. Sometimes, while reading the script, I felt sympathetic. Other times, I was repulsed. It made no fucking sense. He was pathetic, whiny. I saw traces of post-traumatic stress disorder in him. When Arthur is attacked by kids at the start of the movie, he freezes up like a statue, unable to respond. This guy was physically abused when he was a child. Itâs difficult not to feel some empathy for someone whoâs been through that. That sort of thing changes your brain, the way you think. But at the start, I wanted him to go fuck himself.
Did you study mental health problems in any way? I watched some videos and read two books in particular. Iâm not going to tell you which ones, as I donât want to give the criminals theyâre about more attention than they deserve. The general idea was that political assassins and mass murderers have similar personalities. On the one hand, Ar

Joaquin Phoenix: âI wanted the Joker to go f**k himselfâ
The most anticipated film of the autumn, âJokerâ examines how failed stand-up Arthur Fleck morphed into the Gotham psychopath we all know and dread. Its star Joaquin Phoenix is the filmâs beating heart in a jittery, terrifying turn thatâs already gathering Oscar buzz. The man himself has a rep for being an occasionally scratchy interviewee â âMost of the time I just try to get to the end of interviewsâ, he tells me, unpromisingly â but the Phoenix I encounter is direct but laid-back, and eager to chat about his turn as the DC supervillain.Â
Do you have to like a character like the Joker to play him?âFrankly, it was a challenge. Sometimes, while reading the script, I felt sympathetic, other times I was repulsed. Made no fucking sense. He was pathetic, whiny. I saw traces of post-traumatic stress disorder in him. When heâs attacked by kids at the start of the movie, he freezes up like a statue, unable to respond. This guy was physically abused when he was a child. Itâs difficult not to feel some empathy for someone whoâs been through that. That sort of thing changes your brain, the way you think. And it made me change how I see his character. At the start, I wanted him to go fuck himself.âÂ
How did you prepare for the role? Did you study mental health problems in any way? âI watched some videos and read two books in particular. Iâm not going to tell you which, as I donât want to give the criminals theyâre about more attention than they deserve. The general idea was that politic
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The Social Network
Lâalliance entre la majestueuse tension visuelle de David Fincher (Fight Club, Zodiac) et le swing verbal fĂ©roce dâAaron Sorkin (scĂ©nariste ultra-talentueux de la sĂ©rie A la Maison Blanche notamment) a donnĂ© naissance Ă ce rĂ©cit dĂ©tonant sur les origines de Facebook. Soit la combinaison en un seul homme de la frustration postado, de lâesprit des grandes Ă©coles amĂ©ricaines et dâun sens gĂ©nial de la programmation informatique. Eisenberg excelle dans le rĂŽle de Mark Zuckerberg, le crĂ©ateur du rĂ©seau. Socialement mal Ă lâaise, il se montre aussi constamment arrogant, sur la crĂȘte entre duretĂ© et fragilitĂ©, capable de baisser les yeux devant une fille puis de renvoyer Ă ses Ă©tudes un concurrent trop faiblard pour lui. Dâune prĂ©cision et dâune Ă©lĂ©gance rares, The Social Network se plaĂźt Ă remuer le couteau dans la plaie de son icĂŽne souvent dĂ©testable, mettant en lumiĂšre une ironie : comment un homme aussi dĂ©connectĂ© a-t-il connectĂ© le monde au-delĂ de lâimaginable ? Un grand film sur nos communications modernes, si proches et si lointaines.

True Grit
AprĂšs les succĂšs de No Country for Old Men et A Serious Man, les frĂšres Coen laissent momentanĂ©ment de cĂŽtĂ© leur panoplie de grands « Auteurs » pour enfiler celle de maĂźtres artisans respectueux de leur art dans cette superbe adaptation dâun roman de Charles Portis, paru en 1968. Dans lâOuest sauvage, une jeune femme nommĂ©e Mattie (Hailee Steinfeld) vient de perdre son pĂšre et veut venger sa mort. Elle sâallie Ă un marshall dur Ă cuire (Jeff Bridges) qui la prend sous son aile. Dans les paysages venteux dâun territoire indien, un souffle Ă©pique traverse le film alors que lâimprobable duo apprend Ă se connaĂźtre, bientĂŽt rejoint par un troisiĂšme larron (Matt Damon). Ce western itinĂ©rant est truffĂ© dâhumour noir. MalgrĂ© les rĂ©alitĂ©s du danger et de la mort, quelque chose de doux se propage, comme un sentiment dâamour. Lâun des films les plus simples et premier degrĂ© des frĂšres Coen. Et aussi lâun de leurs plus beaux.

There Will Be Blood
Pour devenir lâun des cinĂ©astes les plus pertinents et talentueux des vingt derniĂšres annĂ©es, Paul Thomas Anderson a dĂ» dĂ©passer son statut de chroniqueur scorcesien de la vie dĂ©bauchĂ©e de Los Angeles pour explorer la crise de confiance du mĂąle amĂ©ricain. There Will Be Blood a opĂ©rĂ© ce tournant, dĂ©ployant la figure du malfrat sous les traits dâun baron du pĂ©trole. Le hĂ©ros, Daniel Plainview, sây impose comme une version ultra-flippante de Daniel Day-Lewis, le genre de mec qui menace (dans une scĂšne cultissime) de terminer votre milk-shake avant de vous fracasser la tronche.
Bien aidĂ©e par la musique de Jonny Greenwood de Radiohead (qui signe lĂ son entrĂ©e dans la caste des grands compositeurs de ce siĂšcle), la saga Ă©pique de « PTA » dialogue Ă travers les dĂ©cennies avec le cynisme de Chinatown (Polanski), son ancĂȘtre 70âs. Comme Phantom Thread lâa dĂ©montrĂ© en 2017, le rĂ©alisateur nâa pas perdu le sens de lâhumour de ses dĂ©buts. Mais Ă un moment, Anderson a eu besoin de sâaffirmer en devenant sĂ©rieux. CâĂ©tait le moment There Will Be Blood !

Sexe, mensonges et vidéo
Le premier film de Steven Soderbergh Ă rafler la Palme dâor du Festival de Cannes alors que son auteur nâavait que 26 ans⊠Un coup de force Ă©crit en huit jours et tournĂ© en un mois dans sa ville natale de BĂąton-Rouge en Louisiane. Lâhistoire dâun mariage malheureux dont les impasses sont rĂ©vĂ©lĂ©es par lâarrivĂ©e dâun ami du mari (James Spader) qui rĂ©alise en secret des vidĂ©os dans lesquelles des femmes Ă©voquent leurs expĂ©riences sexuelles. Son seul moyen dâĂ©chapper Ă lâimpuissance⊠Ann (Andie MacDowell) finira par se prĂȘter au jeu pour dĂ©bloquer aussi sa sexualitĂ©. Parler plus que montrer, tel est le principe de Sexe, mensonges et vidĂ©o, qui gratte les zones de malaise psychologique de personnages le plus souvent incapables dâaller au bout de leur introspection. Comment percer le bouchon mental ? Le film y rĂ©pond avec dĂ©licatesse et humour. Une comĂ©die stimulante intellectuellement et Ă©motionnellement, en ouverture dâune carriĂšre Ă©clectique dĂ©ployĂ©e par Steven Soderbergh depuis plus de trente ans.

Jackie Brown
Adaptation plutĂŽt fidĂšle du roman dâElmore Leonard Rum Punch, ce film planant est lâun des plus convaincants et les plus matures de Tarantino. Quand une hĂŽtesse de lâair (Pam Grier, icĂŽne de la blaxploitation des annĂ©es 70) est arrĂȘtĂ©e avec du cash et de la drogue Ă lâaĂ©roport de Los Angeles, un double jeu sâenclenche. Elle tente de sauver sa peau pour Ă©chapper Ă la fois Ă la prison et Ă la vengeance dâun trafiquant, mais le film surprend et captive pour dâautres raisons. Dans Jackie Brown, le style habituellement trĂšs tape-Ă -lâĆil de Tarantino sâĂ©pure pour se concentrer sur des sentiments et des sensations, crĂ©er une atmosphĂšre centrĂ©e sur cette femme noire de 50 ans assaillie par la peur de vieillir et de ne plus servir Ă rien. Face Ă elle, lâinestimable Robert Forster lui emboĂźte le pas de la mĂ©lancolie. Un film prĂ©cieux sur des vies souvent peu considĂ©rĂ©es au cinĂ©ma.

Mon Voisin Totoro
Le film qui a consacrĂ© Hayao Miyazaki sur la scĂšne du cinĂ©ma mondial Ă la fin des annĂ©es 80 reste un joyau du cinĂ©ma dâanimation. La premiĂšre moitiĂ© capte le mystĂšre et le calme de la campagne japonaise, quand deux petites filles arrivent avec leur pĂšre dans une maison de village, alors que leur maman sĂ©journe Ă lâhĂŽpital, atteinte dâune maladie qui nâest jamais nommĂ©e. Peu Ă peu, elles se rendent compte que quelque chose agite les arbres. Une crĂ©ature magique ? Alors que les enfants sâĂ©merveilleront sur les petites bestioles et leur fourrure, sur lâimmense Totoro haut comme deux immeubles ou sur le chat Ă douze pattes, les adultes apprĂ©cient le rendu si dĂ©licat des atmosphĂšres et la mise en scĂšne des anxiĂ©tĂ©s et des rĂȘveries des plus petits. Lâabsence de sentimentalitĂ© dans ce film pourtant si dĂ©licat plaira Ă toutes celles et ceux qui ont dĂ©cidĂ© de sâabstenir de Disney pendant un temps, lui prĂ©fĂ©rant poĂ©sie et complexitĂ© psychologique.

Les Affranchis
Ce film marque-t-il le sommet de la carriĂšre de Martin Scorsese ? On peut le penser, pas seulement parce que chaque nouvelle vision en bonifie lâexpĂ©rience, mais aussi parce que la rĂ©volution entamĂ©e par Les Affranchis nâa cessĂ© de montrer ses effets. Sans ce film, pas de Soprano ni dâĂąge dâor de la tĂ©lĂ©vision, pas de scĂšne du dĂźner dans Reservoir Dogs⊠En faisant de ses prĂ©occupations sur les insĂ©curitĂ©s masculines un ressort de comĂ©die, Scorsese a inventĂ© un nouveau genre : le commentaire social sous acide, enrobĂ© dâun rĂ©cit typiquement amĂ©ricain de la grandeur et de la dĂ©cadence dâun pauvre type. AuprĂšs de Robert De Niro et Joe Pesci, Ray Liotta trouve un rĂŽle inoubliable que ses yeux inquiets illuminent. Et le film glisse habilement de la surface des vies mafieuses â la nourriture, les boĂźtes de nuit, les tromperies, la violence â vers leur fond tragique : la prison, lâabandon et la vie sclĂ©rosĂ©e par la peur, Ă chaque coin de rue.

Un Amour de jeunesse
Mia Hansen-LĂžve a rĂ©alisĂ© son troisiĂšme long-mĂ©trage alors quâelle nâavait pas encore 30 piges. Mais paradoxalement, la rĂ©alisatrice semblait dĂ©jĂ trĂšs expĂ©rimentĂ©e, comme le prouve le ton Ă la fois Ă vif et plein de hauteur de ce film sur les affres dâun amour post-adolescent. OĂč comment Camille, folle de Sullivan, le perd lorsquâil part Ă©tudier Ă lâĂ©tranger, sâeffondre totalement, puis renaĂźt dans les bras de son prof dâarchitecture plus Ăągé⊠avant que Sullivan ne revienne en France des annĂ©es plus tard. Avec un souffle romanesque discret mais tenace, Un Amour de jeunesse sâaffiche comme un conte cruel et amer sur les illusions des sentiments. Mia Hansen-LĂžve fait preuve dâune grande force pour capter un spleen existentiel profond mais aussi la fĂ©rocitĂ© du dĂ©sir. La glace et le feu. Jamais ennuyeux, son cinĂ©ma esquisse les personnages sans les brutaliser, comme si la camĂ©ra cherchait toujours Ă prĂ©server leur part de mystĂšre.

4 mois, 3 semaines, 2 jours
Palme dâor surprise au Festival de Cannes, le film du rĂ©alisateur roumain Cristian Mungiu dĂ©bute par lâimage choc de deux jeunes femmes terrifiĂ©es dans une chambre dâhĂŽtel, discutant avec un homme plus ĂągĂ© de sang, de draps souillĂ©s et du besoin urgent dâun sac plastique⊠Pendant tout le film, on nâĂ©chappe pas Ă la noirceur mais aussi Ă lâĂ©nergie de la camĂ©ra traquant la rĂ©alitĂ© dâune sociĂ©tĂ© oĂč aucune loi nâautorise lâavortement, forçant des femmes Ă recourir au marchĂ© noir dans des conditions sordides. Mungiu dresse un portrait amer de son pays de lâancien bloc soviĂ©tique, mais câest dâabord lâintimitĂ© de son point de vue qui frappe. Le film brille par le sentiment dâurgence quâil dĂ©ploie Ă toutes les scĂšnes â lâaction se dĂ©roule en une aprĂšs-midi et une soirĂ©e Ă la fin des annĂ©es 80 â et rĂ©vĂšle finalement sa nature surprenante de thriller social et politique. Un exemple de la vitalitĂ© du cinĂ©ma roumain des annĂ©es 2000, malheureusement moins Ă©vidente aujourdâhui tant les conditions Ă©conomiques se sont durcies.

Wallace et Gromit : Le MystĂšre du lapin-garou
La qualitĂ© technique du film de Steve Box et Nick Park nous ferait presque oublier quâil est fabriquĂ© Ă la main image par image (et il y en a 24 par seconde !) Ă partir de pĂąte modeler, loin des grandes productions numĂ©riques qui font lâordinaire du cinĂ©ma dâanimation. Dans ce qui fut le premier long-mĂ©trage du duo, on retrouve Wallace, lâinventeur un peu distrait et grand fan de fromage, ainsi que son fidĂšle et brillant chien Gromit, tous deux confrontĂ©s Ă une Ă©trange invasion de lapins fĂ©roces qui dĂ©zinguent les lĂ©gumes de leur petite ville. BientĂŽt, un gros lapin terrifiant se rĂ©vĂšle Ă lâorigine de la catastrophe. Comme dans Chicken Run et les autres productions des studios Aardman, lâhumour anglais Ă plusieurs degrĂ©s se mĂȘle Ă un sens Ă©laborĂ© de la mise en scĂšne et du dĂ©tail. Les scĂšnes dâaction dĂ©roulent une mĂ©canique aussi prĂ©cise que les gags purement burlesques. Les rĂ©fĂ©rences aux classiques du cinĂ©ma sont nombreuses et parfois surprenantes, avec des clins dâĆil Ă King Kong et Ă La Mouche de David Cronenberg⊠Un must absolu.

Kiki, la petite sorciĂšre
Quand la sĂ©rie de livres Harry Potter est sortie, un sentiment immĂ©diat de familiaritĂ© sâest emparĂ© du public, J. K. Rowling sâinspirant de sources reconnaissables comme les romans dâAnthony Buckeridge. La romanciĂšre nâest pas la premiĂšre Ă sâĂȘtre inspirĂ©e du passĂ© pour recrĂ©er, comme le prouve Kiki la petite sorciĂšre, adaptĂ© par Hayao Miyazaki de lâĆuvre pour enfants dâEiko Kadono. Lâhistoire dâune sorciĂšre ado, de son chat toujours de mauvaise humeur et dâune petite ville endormie au bord de la mer oĂč la jeune femme lance un service de livraison par les airs. Au fond, la vraie histoire se situe ailleurs. Elle est presque impossible Ă dĂ©crire, cachĂ©e dans les interstices des scĂšnes et dans les regards. Câest le gĂ©nie de Miyazaki : dans les mains dâun grand rĂ©alisateur, ce rĂ©cit dâapprentissage tranquille devient tout autre chose que ce quâon pourrait en attendre, tel un conte Ă la fois Ă©trange, beau et bouleversant.

Porco Rosso
Le plus impressionnant avec le scĂ©nariste-rĂ©alisateur-producteur et patron du Studio Ghibli nâest pas seulement son imagination (pourtant trĂšs vaste), ni sa compassion (qui nâa pas de fin), mais son extraordinaire confiance en la fiction. Il faut ĂȘtre un homme remarquable pour avoir lâidĂ©e dâun film situĂ© en Italie juste avant la Seconde Guerre mondiale, oĂč le hĂ©ros nâest autre quâun cochon magique conduisant des avions. AprĂšs trois ans de travail est nĂ© lâun des grands accomplissements du maĂźtre Miyazaki, bourrĂ© de charme, dâempathie, dâironie historique et dâhumour Ă froid. Porco Rosso est aussi â et câest peut-ĂȘtre le plus important â un chant dâamour au cinĂ©ma comme rempart face Ă la barbarie. Le film est Ă la fois inspirĂ© par le septiĂšme art et ses stars (dâErrol Flynn Ă Humphrey Bogart) et plein de rĂ©fĂ©rences directes Ă lâamour quâil provoque chez ses spectateurs, Ă travers les magazines que lit le hĂ©ros porcin ou les dessins animĂ©s quâil aime tant regarder.
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Sofia Coppola dans les yeux de Priscilla Presley
Pour beaucoup, elle est celle qui a vĂ©cu dans lâombre du King. Mais Priscilla Presley mĂ©ritait aussi que son histoire soit racontĂ©e, avec toute lâintensitĂ© et la dĂ©licatesse nĂ©cessaire, Ă travers le regard dâune sĆur. VoilĂ ce qui est passĂ© par lâesprit de Sofia Coppola en tombant il y a quelques annĂ©es sur le livre de mĂ©moires Elvis et moi, que Priscilla Presley, aujourdâhui ĂągĂ©e de 78 ans, avait publiĂ© en 1985. « Il traĂźnait chez moi et jâai fini par le lire aprĂšs lâavoir longtemps ignorĂ© », nous raconte la rĂ©alisatrice de 52 ans. « Jâai Ă©tĂ© surprise par le cĂŽtĂ© intime mais aussi universel de lâhistoire. Je connaissais trĂšs peu de choses sur Priscilla, alors que câest une cĂ©lĂ©britĂ© dans la culture amĂ©ricaine. Jâignorais par exemple quâelle avait vĂ©cu Ă Graceland (la rĂ©sidence dâElvis Presley Ă Memphis, achetĂ©e par le chanteur en 1957, ndlr) alors quâelle Ă©tait encore au lycĂ©e. Tout cela Ă©tait difficile Ă croire et choquant. Elle en parle trĂšs bien dans son ouvrage. Jâai Ă©tĂ© aussi trĂšs attirĂ©e par lâunivers visuel, ces annĂ©es 1960 ultra amĂ©ricaines que jâavais envie de retranscrire. »
Priscilla est le huitiĂšme long-mĂ©trage de Sofia Coppola. Il y a presque un quart de siĂšcle, elle avait dĂ©butĂ© avec un teen movie planant, le superbe Virgin Suicides (1999), avant de construire une filmographie quasi obsessionnelle autour de personnages fĂ©minins souvent isolĂ©s, dĂ©phasĂ©s dans leur tour dâivoire. Chez elle, lâennui et la solitude apparaissent toujours sublimĂ©s. On se souvient auss